31.07.20

Découvrez la synthèse de notre indicateur hebdomadaire, mis en place durant la crise sanitaire liée au Covid-19, en partenariat avec l'Entreprise DU FUTUR.

S comme "Solidarité" : Si la solidarité entre partenaires a été essentielle durant la période de confinement, cette dynamique semble incontournable à l'heure de la reprise économique pour les dirigeants de PME et ETI, HEROS de l’Entreprise du FUTUR. 8 entreprises sur 10 comptent en effet sur l'entraide en pairs pour trouver des solutions à la gestion de la crise. 

 

Interview Jean-Loup Rogé et Laurent Fiard

 

 

 

 

Interview Jean-Loup ROGE, PDG d’implid & Laurent FIARD, PDG de VISIATIV et Président du MEDEF Lyon-Rhône

implid et Visiativ font partie des membres fondateurs de l'Entreprise DU FUTUR, la première communauté phygitale des dirigeants de PME et ETI.

Créé en 1987, le Groupe Visiativ accélère l’innovation et la transformation numérique des entreprises autour de trois métiers complémentaires : le conseil, l’édition et l’intégration de logiciels. En accompagnant ses clients grâce à une méthodologie innovante, combinée à une plateforme collaborative et sociale orientée métier, Visiativ répond aux enjeux stratégiques des entreprises.

implid est un collectif d’experts mobilisés aux côtés des entrepreneurs, dirigeants et décideurs d’entreprises en mouvement. Depuis 1973, implid s'engage aux côtés de ses clients, en développant un accompagnement toujours plus large en expertise comptable, gestion sociale, conseil juridique, audit, consulting, recrutement... 

Q : Vous intégrez tous deux une stratégie de croissance externe dans vos structures respectives. Dans ce contexte de crise, ce type de croissance reste-t-il au cœur de votre stratégie ?

Chiffres clés indicateur SolidaritéJean-Loup ROGE : Chez implid, notre développement est effectivement basé à la fois sur de la croissance organique et de la croissance externe. Aujourd’hui, nous vivons une phase de récession inédite que nous gérons de manière positive car conjoncturelle. Cependant, nous devrons certainement envisager de reconsidérer le modèle économique de l’entreprise en cas de re-confinement régulier. Le modèle structurel implid est résilient et permet donc de rester positif.

Actuellement nous poursuivons notre stratégie de croissance externe. En revanche, nous serons plus vigilants, notamment au niveau du ROI immédiat (retour sur investissement). Nous reporterons également de quelques mois les rapprochements autour de métiers connexes, pour lesquels le ROI est moins rapide. Et chercherons plutôt à compléter nos expertises, en nous concentrant sur l’obtention de parts de marché supplémentaires.

Laurent FIARD : De notre côté, nous avons réalisé beaucoup de croissance externe ces dernières années (30% par an en moyenne). Cela nous a permis d’accélérer fortement notre développement. Actuellement, nous sommes dans la phase de résilience et de démarrage de la relance.

Notre objectif 2021 est de repartir dans une stratégie de conquête, à condition d’avoir une visibilité sur l’issue de la crise sanitaire. Et même si 66% de notre chiffre d’affaires est récurent, nous attendons la rentrée pour constater d’éventuelles défaillances clients sur la fin d’année.

Nous serons par ailleurs très vigilants au niveau de nos croissances externes. Il est en effet très difficile de valoriser une entreprise dans le contexte actuel. Les entreprises n’ont pas de visibilité sur la fin de l’année, que ce soit sur le chiffre d’affaires ou sur l’EBIT (bénéfice avant intérêts et impôts).

Jean-Loup ROGE : Effectivement, si on prend l’exemple de Visiativ et d’implid, ce sont des modèles très valorisés grâce à un chiffre d’affaires récurrent. Pour autant, la marge se fait également sur du chiffre exceptionnel.

Chez implid, 80% de notre chiffre d’affaires est récurrent. Mais si nous ne faisons pas les 20% restants, cela devient compliqué. Nous sommes une entreprise de services et nous vendons des « Heures-Hommes » que nous ne pouvons pas stocker : ce qui est « perdu » ne pourra jamais être rattrapé contrairement au secteur industriel. 

Laurent FIARD : Chez Visiativ, c’est de fait un peu différent. Nous sommes liés à la politique d’investissement des entreprises au travers d’un actif immatériel que sont nos logiciels. C’est pourquoi, nous avons poursuivi et accéléré l’innovation durant la période de confinement. Et nous sommes prêts à accompagner nos clients en sortie de crise. 

Q : Cette stratégie de croissances externes déployée depuis plusieurs années, vous a-t-elle permis de mieux résister et d’être plus résilient face à la crise ?

Laurent FIARD : Oui, c’est certain. Nous avons développé une proposition de valeur multi-activités et certaines sont plus résilientes que d’autres. C’est le cas par exemple des activités d’infrastructure, ou encore de nos activités de management de l’innovation et de Crédit Impôt Recherche.

En parallèle, il y a notre positionnement géographique puisque nous réalisons 25% de notre chiffre d’affaires à l’international. Pour certains pays, comme l’Angleterre ou le Benelux, l’impact a été moins violent qu’en France.

Jean-Loup ROGE : Chez implid, nous ne pouvons pas dire que la croissance externe nous a protégé, car nous sommes franco-français et en dehors de Perfect Memory que nous avons acquis récemment (plateforme logicielle sémantique capable de gérer, d'indexer et de monétiser de grands volumes de données multimédias), nous sommes exclusivement sur un modèle de services.

Mais si cette stratégie ne nous a pas aidé économiquement, cela nous a permis de créer des synergies et des rencontres humaines. Nos collaborateurs ont des profils différents, ce qui nous a permis de ne pas être « monolithique » dans notre façon de gérer la conjoncture. Et comme c’est dans la difficulté que nous construisons de grandes choses, je trouve que la situation crée un vrai socle de potentialités croisées entre les métiers pour demain.

Q : Comment avez-vous perçu votre écosystème (partenaires financiers, clients, fournisseurs, etc…) durant le confinement et depuis le déconfinement ?

Laurent FIARD : Si nous regardons les filières qui ont été plus touchées comme l’aéronautique et l’automobile, il y a un vrai besoin de solidarité, de consolidation et de sécurité financière à court terme. Pour d’autres secteurs comme l’agroalimentaire ou la santé, la dynamique était à contre-courant car le marché s’est trouvé en forte croissance. Donc, la perception n’a pas été homogène en fonction des métiers.

Il y a par ailleurs les acteurs qui méritent la plus grande reconnaissance, car ils ont eu l’agilité de se mettre au service du collectif, avec solidarité et humilité. Nous avons par exemple des clients industriels qui ont changé leur outil de production pour faire des masques, du gel hydroalcoolique, du matériel respiratoire, etc…

Les partenaires financiers se sont quant à eux vites adaptés et ont fait preuve d’une forte réactivité. Et en parallèle, la dynamique des réseaux d’entrepreneurs, comme l’Entreprise DU FUTUR a été très positive. Mais si nous avons beaucoup parlé du personnel de santé à juste titre, je pense que nous n’avons pas assez mis en avant les entrepreneurs-dirigeants qui se sont retroussés les manches, se sont mis en activité de survie et qui sont aujourd’hui extrêmement résilients.

L’économie c’est de la confiance et un peu de reconnaissance. Donc le sujet le plus important à la rentrée sera de remettre la confiance au cœur de nos écosystèmes.

Jean-Loup ROGE : Je rejoins Laurent, la solidarité a été essentielle pendant la période de confinement. Côté implid, les équipes se sont mises au service des clients avec une réelle fierté. Et chacun a contribué à son niveau à permettre à ceux qui nous font confiance, de traverser la conjoncture avec le moins de difficultés possibles.

Nous avons également constaté une exemplarité dans les règlements, avec un soutien très fort de la part de tous les acteurs de l’écosystème, notamment les plus importants comme Airbus ou EDF. Très peu d’acteurs ont abusé de cette solidarité.

Mais je trouve que depuis la fin du confinement, cet esprit de solidarité s’est un peu perdu. La question à se poser est donc de maintenir du lien et une dynamique dans l’écosystème.

Q : Quelles sont donc pour vous les conditions à la reprise de l’économie ?

Laurent FIARD : J’ai déjà évoqué le sujet dans la presse, et je pense qu’avant de parler de télétravail, il est important de parler de travail. Il y a un vrai sujet de relance de l’activité économique autour de la confiance, sinon cela va être extrêmement compliqué. Si la conjoncture n’évolue pas rapidement, cela va être de plus en plus difficile et l’effet domino risque d’être extrêmement fort.

Nous étions dans une dynamique intéressante avant la crise. Je suis confiant en disant que lorsqu’il y aura notamment une visibilité sur la date de sortie du vaccin, l’économie repartira fort. Certes, il y aura des changements de consommation, ou encore des bouleversements dans certains secteurs comme l’aviation ou l’événementiel. Et nécessairement une phase de renaissance et de transformation. Mais avant cela, il faut que tout le monde se mette dans une dynamique de relance collective.

Jean-Loup ROGE : Le collectif est en effet indispensable à la relance et il est important de ne pas faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt collectif. Il faut donc garder en tête que l’objectif premier est la relance. Et côté dirigeant, apprendre à plus partager ses objectifs avec ses équipes.

Pour conclure, je souhaiterais citer Julia DE FUNES, qui est intervenue avec beaucoup de justesse, lors du congrès Entreprise DU FUTUR 2020, en indiquant à juste titre que le dicton « la confiance n’exclut pas le contrôle » n’a aucun sens. Car lorsque nous faisons confiance, nous n’avons pas besoin de contrôler, parce que le corollaire de la confiance est d’avoir mis tout en œuvre au préalable pour que la situation de réussite existe.

Il est donc important d’insister sur cette démarche de confiance pour aller à l’encontre de l’individualisme. Et accepter de s’ouvrir plus avant sur l’environnement, pour trouver confiance en soi, en son économie, et en son entreprise. La confiance est la vraie force du collectif.